Théorie de la Persistance
Théorème

N2 — Auto-cohérence du crible

Le crible d’Ératosthène est l’unique crible multiplicatif auto-cohérent sur $\mathbb{N}_{\geq 2}$.

Énoncé

L’ensemble des nombres premiers P\mathbb{P} est l’unique crible multiplicatif auto-cohérent sur N2\mathbb{N}_{\geq 2}. Auto-cohérent signifie que nS(P)n \in \mathcal{S}(\mathbb{P}) (i.e. nn survit) si et seulement si aucun premier p<np < n ne divise nn.

Théorème

Lecture vulgarisée. Le crible d’Ératosthène a une propriété : ce qu’il garde correspond exactement à ce qu’il était censé garder. Aucun autre algorithme d’élimination par multiplication ne possède cette cohérence. Le crible se définit lui-même.

Pourquoi ça compte

N2 ferme une question subtile : la cohérence interne du crible. On pourrait imaginer un autre crible (éliminant par d’autres règles, gardant des restes différents) qui retournerait son propre résultat. N2 montre que l’unique crible dont la sortie est cohérente avec sa règle d’entrée est celui d’Ératosthène.

C’est cette auto-cohérence qui rend la cascade T0 → T6 fermable sans introduire de paramètre externe.

Démonstration — schéma

  1. Existence : montrer que P\mathbb{P} est auto-cohérent (un composé n=abn = ab avec ana \leq \sqrt{n} a un facteur premier pa<np \leq a < n, donc nn est éliminé).
  2. Unicité : supposer un crible C\mathcal{C} auto-cohérent et différent de P\mathbb{P}. Tirer une contradiction.

Démonstration détaillée

Partie 1 — Existence : P\mathbb{P} est auto-cohérent

Soit nN2n \in \mathbb{N}_{\geq 2}. Si nn est premier, alors par définition aucun premier p<np < n ne divise nn, et nn est gardé par le crible.

Si nn est composé, écrivons n=abn = ab avec ana \leq \sqrt{n}. Alors aa a un facteur premier pa<np \leq a < n, et donc pp divise nn. Le crible d’Ératosthène élimine nn comme multiple de pp. Auto-cohérence vérifiée.

Partie 2 — Unicité

Supposons qu’un autre crible multiplicatif C\mathcal{C} soit auto-cohérent. Soit Cout=\mathcal{C}_{\rm out} = ensemble des entiers gardés.

Si CoutP\mathcal{C}_{\rm out} \neq \mathbb{P}, soit nn le plus petit entier qui diffère entre les deux : nCoutn \in \mathcal{C}_{\rm out} mais nPn \notin \mathbb{P}, ou réciproquement.

Cas 1 : nCoutn \in \mathcal{C}_{\rm out}, nn composé. Alors nn a un facteur premier p<np < n. Si pCoutp \in \mathcal{C}_{\rm out} (c’est-à-dire que pp est gardé par C\mathcal{C}), alors par auto-cohérence C\mathcal{C} doit aussi garder nn (puisque C\mathcal{C} utilise des règles multiplicatives). Mais alors C\mathcal{C} garde un composé — par construction d’un crible multiplicatif strict, contradiction.

Cas 2 : nPn \in \mathbb{P} mais nCoutn \notin \mathcal{C}_{\rm out}. Alors un diviseur multiplicatif a éliminé nn. Mais nn premier n’a que 1 et nn comme diviseurs. Aucun n’est strictement dans {2,,n1}\{2, \ldots, n-1\} — contradiction.

Dans les deux cas, contradiction. Donc Cout=P\mathcal{C}_{\rm out} = \mathbb{P}.

Lien avec la PT

L’auto-cohérence est la propriété qui permet à la dynamique du crible de fermer sur elle-même. C’est ce qui donne au point fixe μ=15\mu^* = 15 son unicité (T5) : il est l’unique solution auto-cohérente de l’équation de cascade.

Pour la dérivation complète, voir chapitre 2 de la monographie.

Voir aussi