Théorie de la Persistance
Théorème

T3 — Transfert antidiagonal

$T_3 = \mathrm{antidiag}(1,1)$ — la matrice mod 3 est purement off-diagonale.

Énoncé

La matrice de transfert mod 3 du crible des survivants 6-rough est :

T3=(0110)=antidiag(1,1).\boxed{T_3 = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} = \mathrm{antidiag}(1, 1).}

Cette structure purement antidiagonale est conséquence directe de T1 (transitions interdites) : les coefficients diagonaux étant nuls (T1) et chaque ligne devant sommer à 1 (matrice stochastique), les coefficients hors-diagonale sont forcément égaux à 1.

Théorème

Lecture vulgarisée. Étant donné T1 (deux entiers 6-rough consécutifs ne sont jamais dans la même classe mod 3), la « matrice » qui décrit comment passer d’une classe à l’autre est ultra-simple : on bascule toujours, jamais on ne reste. Sous forme de tableau, c’est un échiquier 2 × 2 : 0 sur les diagonales, 1 ailleurs.

Pourquoi ça compte

T3 explicite la matrice T3T_3 utilisée partout dans la suite : T2 l’utilise pour la conservation spectrale, T6 pour l’holonomie, T4 pour la convergence. C’est la forme la plus simple possible d’une matrice stochastique non triviale 2×2 — un opérateur de bascule pur.

Le fait que T3T_3 soit purement antidiagonale a aussi des conséquences géométriques importantes : ses valeurs propres sont ±1\pm 1, son carré est l’identité T32=IT_3^2 = I, et son action sur la base {1,2}\{1, 2\} est une involution.

Démonstration — schéma

  1. Partir de T1 : T3[1,1]=T3[2,2]=0T_3[1,1] = T_3[2,2] = 0.
  2. Imposer la somme par ligne = 1 (matrice stochastique).
  3. Conclure T3[1,2]=T3[2,1]=1T_3[1,2] = T_3[2,1] = 1.

Démonstration détaillée

Étape 1 — La matrice est stochastique

Une matrice de transfert TT d’une chaîne de Markov vérifie jT[i,j]=1\sum_j T[i, j] = 1 pour chaque ligne ii (les probabilités de transition partantes somment à 1).

Pour T3T_3 sur {1,2}\{1, 2\} :

T3[1,1]+T3[1,2]=1,T3[2,1]+T3[2,2]=1.T_3[1, 1] + T_3[1, 2] = 1, \qquad T_3[2, 1] + T_3[2, 2] = 1.

Étape 2 — Application de T1

T1 affirme T3[1,1]=T3[2,2]=0T_3[1, 1] = T_3[2, 2] = 0. En substituant :

T3[1,2]=1,T3[2,1]=1.T_3[1, 2] = 1, \qquad T_3[2, 1] = 1.

D’où la forme :

T3=(0110).T_3 = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}.

Spectre

Le polynôme caractéristique est :

det(T3λI)=λ21.\det(T_3 - \lambda I) = \lambda^2 - 1.

Donc λ{+1,1}\lambda \in \{+1, -1\}. Les vecteurs propres associés :

  • λ1=+1\lambda_1 = +1 : v1=(1,1)Tv_1 = (1, 1)^T (stationnaire, uniforme sur {1,2}\{1, 2\}),
  • λ2=1\lambda_2 = -1 : v2=(1,1)Tv_2 = (1, -1)^T (mode antisymétrique).

Involution

Comme T32=IT_3^2 = I, deux applications successives ramènent à l’état de départ. C’est cohérent avec la lecture vulgarisée : « bascule, bascule, retour ».

Articulation avec T6

Sur la branche q=12/μq = 1 - 2/\mu, la matrice de transfert généralisée à profondeur non triviale prend la forme :

T3(q)=(1δ3δ3δ31δ3)T_3(q) = \begin{pmatrix} 1 - \delta_3 & \delta_3 \\ \delta_3 & 1 - \delta_3 \end{pmatrix}

avec δ3=(1q3)/3\delta_3 = (1 - q^3)/3. La diagonale 1δ3=cosθ31 - \delta_3 = \cos\theta_3 apparaît naturellement, et la formule T6 sin2θ3=δ3(2δ3)\sin^2\theta_3 = \delta_3 (2 - \delta_3) émerge comme amplitude carrée de transition off-diagonal.

Au cas idéal q1q \to 1 (limite cribline pure), δ30\delta_3 \to 0 et donc cosθ31\cos\theta_3 \to 1, sin2θ30\sin^2\theta_3 \to 0. À q=13/15q = 13/15 (point fixe μ=15\mu^* = 15), δ3=0,1163\delta_3 = 0{,}1163 et sin2θ3=0,2192\sin^2\theta_3 = 0{,}2192 — la valeur qui entre dans le calcul de αEM\alpha_{\mathrm{EM}}.

T3 est donc le cas limite de T6 où δ=1/2\delta = 1/2 (ligne stationnaire à demi-bascule) ou plus précisément l’enveloppe combinatoire dont T6 donne la version analytique paramétrée.

Pour la dérivation complète, voir chapitre 3 de la monographie.

Voir aussi