Six murs (E1 à E6 : contraintes dures) et un attracteur (E7 :
contrainte douce). Chaque principe est tracé à un théorème PT
explicite.
E1 Trichromie
— Trois portes, pas davantage La cascade des trois canaux fondamentaux Énoncé. L'expérience sensible se déploie dans un espace à exactement trois dimensions indépendantes.
Contrainte
Cet espace est tridimensionnel par nécessité, non par convention. Tout canal supplémentaire qu'on imagine ajouter — un sens nouveau, une nuance inédite, un cône surnuméraire — vient enrichir l'un des trois originels sans en créer un quatrième vraiment indépendant.
Liberté laissée
À l'intérieur de cet espace, l'éventail des couleurs, harmonies et compositions n'a pas de fin. Rothko choisit un point, Yves Klein un autre, Malevitch un autre encore. Trois gestes radicalement différents, tous dans le même espace à trois dimensions.
Exemples. Trois cônes dans la rétine humaine. Trois primaires dans tout système de couleur. Trois générations de particules de matière. Toujours trois.
E2 Conservation
— Le budget Le principe de conservation informationnelle Énoncé. Structure et lumière se partagent un budget fixe. Ce qu'on gagne d'un côté se paie de l'autre.
Contrainte
Aucune œuvre, aucun objet n'atteint simultanément la saturation maximale et la luminance maximale. Le coucher de soleil éclatant assombrit ses couleurs. Le diamant parfaitement coloré perd sa transparence. Le budget est fixe ; le partage seul est libre.
Liberté laissée
Où placer le curseur entre saturation et lumière. Caravage le pousse vers la structure : contrastes violents, fonds noirs. Turner le pousse vers la lumière : formes qui se dissolvent dans le rayonnement. Vermeer trouve le point d'équilibre.
Exemples. L'œil compense en permanence ce partage. La photographie HDR cherche à le repousser. Le coloriste vidéo le manipule chaque jour, parfois sans le nommer.
E3 Complémentarité
— Le miroir La bifurcation entre ce qui est transmis et ce qui est absorbé Énoncé. Toute forme porte en elle son complément. Leur union est l'unité ; leur séparation est l'œuvre.
Contrainte
Une œuvre qui prétendrait dire à la fois elle-même et son contraire dissout sa structure. Le blanc est l'absence de couleur précisément parce qu'il les contient toutes. Vouloir tout montrer, c'est tout effacer.
Liberté laissée
Quelle moitié montrer, et laisser l'autre travailler en creux. Soulages choisit l'absorbé (ce qui ne réfléchit pas), et confie le réfléchi à l'imagination. Delacroix choisit le transmis, et fait vibrer les contrastes par les complémentaires.
Exemples. La sculpture découpe une forme dans l'espace ; l'espace autour est son complément. Le haïku dit cinq-sept-cinq sons ; le silence est son complément. La couleur qu'on voit est ce que la matière a refusé d'absorber.
E4 Alternance
— L'identique ne dit rien La nécessité de la variation Énoncé. L'identique exact ne porte aucune information. Le similaire, lui, est inépuisable.
Contrainte
Une copie parfaitement identique à son original n'ajoute rien — c'est un document, non une œuvre. Toute répétition véritable demande au moins une variation infime, ne serait-ce que celle du contexte : la même note arrive toujours après la première.
Liberté laissée
Quel état différent vient ensuite. La fugue de Bach, L'Atelier rouge de Matisse, Music for 18 Musicians de Steve Reich — trois manières radicalement différentes d'explorer la frontière entre répétition apparente et variation réelle.
Exemples. Monet peint le même bassin 250 fois — jamais la même lumière. Steve Reich joue les mêmes motifs en boucle — chaque tour est légèrement décalé. L'objet se répète, l'information non.
E5 Courbure
— Tous les lieux ne se valent pas La métrique naturelle de l'espace perceptif Énoncé. L'espace sensible n'est pas plat. La sensibilité aux variations dépend du lieu où l'on se trouve.
Contrainte
Le même geste n'a pas le même effet partout. Un demi-ton ajouté dans le silence est un événement ; le même demi-ton ajouté dans le fortissimo est inaudible. Le contexte n'est pas un décor — il est la métrique elle-même.
Liberté laissée
Choisir dans quelle région de la courbure travailler. Mondrian, Webern, Mies van der Rohe travaillent près des sommets — chaque geste y est d'une précision maximale. L'impressionnisme travaille au centre, où les variations s'estompent dans la masse. Cézanne et Debussy travaillent dans les zones de transition.
Exemples. Près des couleurs pures, un infime changement se voit. Près du blanc, il faut un grand changement pour être perçu. Près du silence, le moindre son existe ; en pleine foule, il faut crier.
E6 Circularité
— Le chemin se ferme La topologie circulaire de l'espace sensible Énoncé. L'espace des qualités sensibles est fermé. Le parcours complet ramène au point de départ — mais transformé par le voyage.
Contrainte
Une œuvre qui s'élance sans jamais revenir reste ouverte au sens d'inachevée. La clôture n'est pas une prison ; c'est ce qui transforme un trajet en voyage accompli.
Liberté laissée
Combien de tours faire, à quelle vitesse, dans quel sens, où s'arrêter. Le voyage complet est résolution. Le voyage partiel est tension.
Exemples. Le cercle chromatique. Le cycle des quintes. Le pourpre — couleur qui n'existe nulle part dans l'arc-en-ciel, et qui apparaît seulement parce que le rouge et le bleu se rejoignent quand le spectre se referme. La fermeture ajoute de la réalité.
E7 Harmonie
— Le centre de gravité Le point d'équilibre de Koide Énoncé. Il existe un point d'équilibre vers lequel tout tend, sans jamais s'y figer.
Contrainte
C'est le seul des sept principes qui n'érige pas de mur — il pose un attracteur. On peut s'en éloigner sans rien rompre ; c'est précisément cet éloignement qui crée la tension, et le retour qui crée la résolution.
Liberté laissée
S'écarter du centre crée la tension. Y revenir crée la résolution. L'harmonie n'est pas l'absence de tension — c'est le point autour duquel tension et résolution s'organisent.
Exemples. Vermeer (l'équilibre comme manière). Bach (les cadences résolutoires). Le jardin japonais (la sérénité de ce qui est à sa place naturelle). Une saturation autour de 70 % — ni le cri, ni le silence.