Théorie de la Persistance
Théorème

T2 — Conservation spectrale

Identité spectrale exacte $|\lambda_2(T_{30})| = s^2 = 1/4$.

Énoncé

Soit T30T_{30} la matrice de transfert du crible mod 30 (le primorial 2352 \cdot 3 \cdot 5). Sa seconde plus grande valeur propre λ2\lambda_2 satisfait l’identité algébrique exacte :

λ2(T30)=s2=14.\boxed{|\lambda_2(T_{30})| = s^2 = \frac{1}{4}.}

Cette identité provient de la factorisation par théorème des restes chinois (CRT) :

T30T3T5,T_{30} \cong T_3 \otimes T_5,

et de la valeur propre dominante non triviale λ2(T3)=λ2(T5)=1/2=s|\lambda_2(T_3)| = |\lambda_2(T_5)| = 1/2 = s sur les blocs antidiagonaux.

Théorème

Lecture vulgarisée. Si on regarde comment l’« information » se propage à travers le crible mod 30, on découvre qu’elle décroît exactement par un facteur 1/41/4 à chaque pas. Pas 1/31/3, pas 1/51/5, exactement 1/4=(1/2)21/4 = (1/2)^2. Et ce 1/21/2, c’est la symétrie fondamentale ss. Cette « conservation spectrale » dit que la PT n’a pas de degré de liberté caché qui change la vitesse de propagation.

Pourquoi ça compte

T2 est l’identité de conservation au sens spectral : elle exprime quantitativement comment l’information persiste à travers les pas du crible. C’est un précurseur du Théorème fondamental des écarts (GFT) qui donne la même conservation sous forme entropique : log2m=DKL+H\log_2 m = D_{KL} + H.

T2 sert aussi de pierre de touche numérique : tout calcul empirique sur T30T_{30} doit retourner λ2=0,25|\lambda_2| = 0{,}25 exactement (pas approximatif). C’est un test de cohérence interne de la PT.

Démonstration — schéma

  1. Factoriser T30T_{30} par CRT : Z/30Z/2×Z/3×Z/5\mathbb{Z}/30 \cong \mathbb{Z}/2 \times \mathbb{Z}/3 \times \mathbb{Z}/5.
  2. Réduire au sous-bloc dynamique : après exclusion de p=2p = 2 (cinématique), T30dyn=T3T5T_{30}|_\text{dyn} = T_3 \otimes T_5.
  3. Calculer les valeurs propres de T3T_3 et T5T_5 sur les classes survivantes : λ2(T~3)=λ2(T~5)=1/2=s|\lambda_2(\tilde{T}_3)| = |\lambda_2(\tilde{T}_5)| = 1/2 = s.
  4. Multiplier : λ2(T~3T~5)=(1/2)(1/2)=1/4\lambda_2(\tilde{T}_3 \otimes \tilde{T}_5) = (1/2) \cdot (1/2) = 1/4.

Démonstration détaillée

Étape 1 — Factorisation CRT

Le théorème des restes chinois donne l’isomorphisme d’anneaux :

Z/30ZZ/2Z×Z/3Z×Z/5Z.\mathbb{Z}/30\mathbb{Z} \cong \mathbb{Z}/2\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/3\mathbb{Z} \times \mathbb{Z}/5\mathbb{Z}.

La matrice de transfert du crible respecte cette factorisation parce que les conditions de divisibilité par 2, 3, 5 sont indépendantes. Donc :

T30=T2T3T5.T_{30} = T_2 \otimes T_3 \otimes T_5.

Étape 2 — Exclusion du facteur cinématique T2T_2

Par U4 (cf. T0), le facteur T2T_2 est cinématique et n’entre pas dans la dynamique principale. Il fixe simplement la parité (les survivants sont impairs), ce qui restreint l’espace d’état mais ne contribue pas au spectre dynamique. La matrice dynamique pertinente est donc :

T30dyn=T3T5.T_{30}|_\text{dyn} = T_3 \otimes T_5.

Étape 3 — Spectre de T~3\tilde{T}_3 (normalisé)

Par T1 + T3, T3=antidiag(1,1)T_3 = \mathrm{antidiag}(1, 1) sur {1,2}(mod3)\{1, 2\} \pmod 3. Après normalisation à matrice stochastique (chaque ligne somme à 1), la valeur propre dominante est λ1=1\lambda_1 = 1 (mode stationnaire) et la seconde valeur propre vaut :

λ2(T~3)=1/2=s.|\lambda_2(\tilde{T}_3)| = 1/2 = s.

C’est la valeur propre du mode antisymétrique sur {1,2}\{1, 2\}.

Étape 4 — Spectre de T~5\tilde{T}_5

Pour T5T_5, le crible élimine 0(mod5)0 \pmod 5, laissant 4 classes survivantes {1,2,3,4}\{1, 2, 3, 4\}. La matrice de transfert sur ces classes est circulante (invariante par décalage cyclique), avec valeurs propres :

σ(T~5)={1,1/2,1/2,0}.\sigma(\tilde{T}_5) = \{1,\, 1/2,\, 1/2,\, 0\}.

Calcul direct par diagonalisation Fourier sur Z/4Z\mathbb{Z}/4\mathbb{Z} — voir ch. 3 de la monographie, p. 145.

Donc λ2(T~5)=1/2=s|\lambda_2(\tilde{T}_5)| = 1/2 = s (identique à T3T_3).

Étape 5 — Produit tensoriel

Pour deux matrices AA et BB, le spectre de ABA \otimes B est :

σ(AB)={λiμjλiσ(A), μjσ(B)}.\sigma(A \otimes B) = \{\lambda_i \mu_j \mid \lambda_i \in \sigma(A),\ \mu_j \in \sigma(B)\}.

Donc :

σ(T~3T~5){11,11/2,1/21,1/21/2,}={1,1/2,1/2,1/4,}.\sigma(\tilde{T}_3 \otimes \tilde{T}_5) \supseteq \{1 \cdot 1, 1 \cdot 1/2, 1/2 \cdot 1, 1/2 \cdot 1/2, \ldots\} = \{1, 1/2, 1/2, 1/4, \ldots\}.

La plus grande est λ1=1\lambda_1 = 1 (la stationnaire). La seconde est :

λ2(T~30dyn)=1212=14=s2.|\lambda_2(\tilde{T}_{30}|_\text{dyn})| = \frac{1}{2} \cdot \frac{1}{2} = \frac{1}{4} = s^2.

CQFD.

Conséquences

  • Conservation exacte. Le facteur de contraction du mode dominant non trivial est exactement s2=1/4s^2 = 1/4, pas un nombre proche.
  • Pas de paramètre libre. L’identité λ2=s2|\lambda_2| = s^2 est purement algébrique : elle ne dépend ni de μ\mu, ni de qq, ni d’aucune observable physique.
  • Pierre de touche numérique. Toute simulation du crible mod 30 doit reproduire λ2=0,25|\lambda_2| = 0{,}25 avec précision machine.

Pour la dérivation complète, voir chapitre 3 de la monographie.

Voir aussi