Théorie de la Persistance
Théorème

T4 — Convergence spectrale

$\alpha_k \to 1/2$ quand la profondeur du crible $k \to \infty$.

Énoncé

Soit le crible profond à kk étages (élimination des multiples de p1,,pkp_1, \ldots, p_k). Définissons la fraction de transition mixte :

αk=n12(k)n12(k)+n21(k),\alpha_k = \frac{n_{12}(k)}{n_{12}(k) + n_{21}(k)},

nij(k)n_{ij}(k) compte les transitions de la classe ii vers la classe jj parmi les survivants à la profondeur kk. Alors :

limkαk=s=12.\boxed{\lim_{k \to \infty} \alpha_k = s = \frac{1}{2}.}

La preuve repose sur trois piliers :

  1. Annihilation spectrale r2(0)=0r_2(0) = 0 — l’eigenvecteur antisymétrique s’annule au site 0 (résultat structurel).
  2. Compactness de Mertens — bornes asymptotiques sur les survivants (11/p)\prod (1 - 1/p).
  3. Décomposition de Gordin — la suite {αk}\{\alpha_k\} est quasi-martingale plus reste borné.
Théorème

Lecture vulgarisée. Plus on raffine le crible (plus on enlève de multiples), plus la fraction de transitions de type « 1 → 2 » par rapport à « 2 → 1 » se rapproche de 50/50. À profondeur infinie, c’est exactement 50/50. Ce 1/21/2 est la valeur stationnaire qui définit ss. T4 est ce qui prouve que le crible « finit le travail » : il ne laisse pas de biais résiduel.

Pourquoi ça compte

T4 est le pont entre le crible fini (à profondeur kk) et le crible idéal (à profondeur infinie). Les théorèmes T1, T2, T3 sont des affirmations exactes sur la matrice de transfert idéale ; T4 garantit que la matrice empirique calculée à profondeur finie converge vers cette matrice idéale.

Sans T4, on aurait αk1/2>0|\alpha_k - 1/2| > 0 persistant, ce qui signifierait qu’une nouvelle constante (différente de s=1/2s = 1/2) émerge à la limite. La PT serait alors mal définie. T4 ferme cette objection.

Démonstration — schéma

  1. Réduire la convergence d’αk\alpha_k à la convergence d’une chaîne de Markov sur l’état de transition.
  2. Décomposer αk\alpha_k en quasi-martingale plus reste borné (Gordin).
  3. Borner le reste via compactness de Mertens.
  4. Annuler le mode antisymétrique au site 0 par l’argument r2(0)=0r_2(0) = 0.
  5. Conclure : seul le mode symétrique survit, valeur propre λ1=1\lambda_1 = 1, distribution stationnaire uniforme — d’où α=1/2\alpha_\infty = 1/2.

Démonstration détaillée

Étape 1 — Récurrence exacte

À chaque profondeur kk, la déviation D(k)=αk1/2D(k) = \alpha_k - 1/2 satisfait une récurrence exacte (Théorème de récurrence, ch. 7) :

D(k+1)=(pk3)D(k)+Δk,D(k + 1) = (p_k - 3) D(k) + \Delta_k,

Δk\Delta_k est un reste qui dépend des corrélations entre les premiers éliminés à l’étape k+1k+1.

Cette récurrence est vérifiée pour k=3,,11k = 3, \ldots, 11 par calcul direct sur les survivants.

Étape 2 — Factorisation spectrale

Le polynôme caractéristique de l’opérateur de récurrence se factorise comme :

f(1)=4(α1/2)2(α2+(p3)α+1).f(1) = 4 (\alpha - 1/2)^2 (\alpha^2 + (p - 3)\alpha + 1).

Le premier facteur (α1/2)2(\alpha - 1/2)^2 a un zéro double à α=1/2\alpha = 1/2, ce qui force le point fixe asymptotique. Le second facteur a des racines complexes pour p3<2|p - 3| < 2 et des racines réelles dans (1,0)(-1, 0) pour p3>2|p - 3| > 2 — dans tous les cas, Rspec<1|R_\text{spec}| < 1.

Étape 3 — Borne spectrale

La borne de spectre globale est :

Rspec0,2871.R_\text{spec} \approx 0{,}287 \ll 1.

C’est strictement inférieur à 1, ce qui garantit la convergence géométrique de D(k)0D(k) \to 0.

Étape 4 — Annihilation r2(0)=0r_2(0) = 0

Pour fermer rigoureusement la convergence, on a besoin que le reste Δk\Delta_k ne contribue pas au mode dominant λ220,36\lambda_2^2 \approx 0{,}36. C’est ici qu’intervient l’annihilation spectrale :

L’eigenvecteur antisymétrique r2r_2 associé à λ2\lambda_2 a une valeur exactement nulle à l’état 0, donc :

r2,δ0=r2(0)=0.\langle r_2, \delta_0 \rangle = r_2(0) = 0.

Ce résultat est structurel (cf. ch. 7, Théorème de fermeture spectrale) et non conditionnel à PNT. Conséquence : seul le mode λ120,012\lambda_1^2 \approx 0{,}012 survit dans les corrélations partant de l’état 0, et la convergence est exponentielle avec exposant fortement amorti.

Étape 5 — Décomposition de Gordin

La suite αk\alpha_k peut s’écrire :

αk=Mk+Rk,\alpha_k = M_k + R_k,

MkM_k est une martingale par rapport à la filtration des survivants, et RkR_k un reste borné par compactness de Mertens :

RkCik(11pi)0.|R_k| \leq C \cdot \prod_{i \leq k} \left(1 - \frac{1}{p_i}\right) \to 0.

Par théorème de convergence des martingales et Rk0R_k \to 0, αk\alpha_k converge p.s. vers une limite. L’identification de cette limite à 1/21/2 est forcée par les étapes 1–4.

Conséquence : fermeture du problème de hiérarchie

Le résultat r2(0)=0r_2(0) = 0 a une conséquence inattendue : il ferme le problème de hiérarchie de la PT. Le mode λ220,36\lambda_2^2 \approx 0{,}36 aurait contribué à un déphasage hiérarchique entre échelles ; son annulation au site 0 garantit qu’aucune nouvelle échelle n’émerge spontanément. C’est ce qui permet à T5 de fixer un point fixe unique μ=15\mu^* = 15 sans corrections hiérarchiques.

Pour la dérivation complète et les preuves auxiliaires (récurrence, factorisation, borne spectrale, annihilation), voir chapitre 7 de la monographie.

Voir aussi